Il a pour objectif de produire, organiser et valoriser les données nécessaires à l’élaboration de deux jumeaux numériques :
- un premier dédié à la qualité de l’air ;
- un second dédié aux zones humides et à leurs échanges avec l’atmosphère.
Ils viennent compléter ceux développés pour l’eau. Ensemble, ces outils visent à mieux comprendre, suivre et anticiper les flux de gaz à effet de serre et les polluants atmosphériques à l’interface sol-air-eau, afin d’accompagner les stratégies régionales d’adaptation climatique, de santé environnementale et de transition agroécologique.
Le projet alimente les briques DATA et PREDICTIONS du programme en données, en modèles et en expertises scientifiques, tout en contribuant à la mise en place d’un système d’information favorisant l’interopérabilité et la circulation des données entre acteurs académiques et non académiques.
Comprendre les flux et la qualité de l’air
Les activités humaines modifient profondément la composition chimique de l’atmosphère. En retour, ces transformations influencent les écosystèmes, les cycles biogéochimiques et la santé humaine, dans un contexte où le changement climatique perturbe lui-même la dynamique de ces composés.
Le projet JANUSS analyse à la fois les flux de gaz à effet de serre (N₂O, CO₂, CH₄), les concentrations de polluants atmosphériques (NH₃, O₃, NOx, particules fines PM10 et PM2.5, aérosols, polluants à effets sanitaires) et les échanges aux interfaces sol–air–eau au sein de la zone critique.
Les données mobilisées proviennent de chroniques de mesures de terrain de long terme, d’expérimentations in situ et en laboratoire, ainsi que de travaux de modélisation. Elles sont intégrées, directement ou via des modèles existants, dans des approches de machine learning pour le développement des jumeaux.
Production et structuration des données
JANUSS vise à produire des volumes importants de données fiables, à garantir leur continuité dans le temps et à les structurer afin d’identifier les paramètres clés et les traceurs pertinents. Il s’appuie sur des plateformes instrumentées telles que PESAt, PESAa et PRAT, déployées en milieux agricoles et en zones humides (notamment sur des sites de tourbières), sur des acquisitions satellitaires, sur des infrastructures régionales (plateforme de développement de capteurs DECAP), ainsi que sur le réseau régional de surveillance de la qualité de l’air Lig’Air.
Les jumeaux numériques développés permettront notamment :
- l’identification des sources de pollution atmosphérique ;
- l’élaboration et l’évaluation de stratégies de réduction des gaz à effet de serre (N₂O, CO₂, CH₄) ;
- l’analyse des risques sanitaires liés à l’ammoniac, aux particules fines et à l’ozone ;
- l’étude des trajectoires de disparition des zones humides, en particulier des tourbières, et l’exploration de scénarios de restauration.
Ces outils visent à accompagner les décideurs publics, les gestionnaires territoriaux et les acteurs agricoles dans leurs choix stratégiques, en renforçant la fiabilité des mesures et des modèles à l’échelle régionale.
Suivi de l’ammoniac
Le projet accorde une attention particulière à l’ammoniac (NH₃), composé atmosphérique notamment associé aux activités agricoles. Une fois émis, il peut réagir dans l’atmosphère avec d’autres composés et former des particules fines secondaires, susceptibles d’avoir des effets sur la qualité de l’air et la santé.
L’objectif est de mieux comprendre la climatologie régionale du NH₃, son rôle dans la formation des particules fines et ultrafines, ainsi que d’anticiper les évolutions réglementaires associées.
Ces travaux sont menés en collaboration avec Lig'Air, organisme régional de surveillance de la qualité de l’air et membre de la fédération Atmo France. Lig’Air dispose d’un réseau de 25 stations de mesure en temps réel et développe des modèles d’émissions et de concentrations atmosphériques.
Émissions de gaz à effet de serre : focus sur le protoxyde d’azote
Parmi les gaz à effet de serre étudiés dans le projet (N₂O, CO₂, CH₄), le protoxyde d’azote (N₂O) fait l’objet d’un suivi approfondi. Ce gaz présente un pouvoir de réchauffement global élevé et contribue à la destruction de la couche d’ozone stratosphérique.
En agriculture, ses émissions sont principalement liées aux apports d’engrais azotés et aux processus microbiens dans les sols. Mieux comprendre ces mécanismes constitue un levier essentiel pour accompagner l’évolution des pratiques.
Afin de mieux quantifier ces émissions à l’échelle régionale, le projet s’appuie sur des travaux menés en collaboration avec l’INRAE. Ces recherches reposent sur un historique de mesures de N₂O, réalisées depuis 2009, sur sols fertilisés. Les observations ont mis en évidence une forte variabilité temporelle, notamment au printemps, en lien avec les apports azotés et les conditions d’humidité des sols.
Environ 3 000 données collectées sur quinze ans ont permis :
- d’identifier les principaux facteurs de contrôle (climat, pratiques agricoles, hydromorphologie, pH) ;
- d’estimer des facteurs d’émission régionaux ;
- d’améliorer la compréhension des processus aux interfaces sol/air et air/eau.
L’automatisation progressive des dispositifs de mesure et l’utilisation de chambres instrumentées permettent aujourd’hui de mieux capter la variabilité fine des flux.
Les gaz à effet de serre (GES) associés aux zones humides
Les tourbières contiennent un tiers du carbone des sols à l’échelle globale et les tourbières dégradées (asséchées) contribuent à près de 5% des émissions de GES (CO2 et CH4) d’origine anthropique.
L’objectif est ici d’estimer la sensibilité du cycle du carbone et du cycle de l’eau de ces zones humides face aux changements climatiques globaux ou aux perturbations locales. En particulier, ce projet vise à mieux estimer les émissions de CO2 et de CH4 et les forçages associés, et à identifier le rôle de ces milieux dans la régulation du cycle de l’eau.
Pour ce faire, SOL/AIR s’appuie sur l’acquisition à long terme de données hydrologiques, météorologiques, biogéochimiques et biologiques issues de la tourbière instrumentée de la Guette (Sologne-Cher). Ces suivis sont réalisés depuis 2008 dans le cadre de la plateforme PESAt (programme régional PIVOTS), du SNO (Service National d’Observation) Tourbières et de la ZAL (Zone Atelier Loire). Ces dispositifs sont associés aux infrastructures de recherche nationales OZCAR (Observatoires de la Zone Critique : Application et Recherche) et RZA (Réseau des Zones atelier), ainsi qu’à l’infrastructure européenne ICOS (Integrated Carbon Observation System). Le site est aussi candidat à l’infrastructure européenne eLTER (Integrated European Long-Term Ecosystem, critical zone and socio-ecological Research).
Les données produites sont disponibles et libre d’accès au lien suivant : www.sno-tourbieres.cnrs.fr
Données satellitaires et modélisation intégrée
Le projet SOL/AIR mobilise également des données satellitaires afin de couvrir l’ensemble du territoire régional et d’analyser les flux atmosphériques à grande échelle. Cela comprend :
- la sélection et l’expertise des jeux de données européens et américains ;
- le développement d’outils automatisés de récupération et de traitement ;
- l’amélioration de la résolution spatiale par des méthodes mathématiques adaptées ;
- des traitements spécifiques pour le méthane et le dioxyde de carbone.
Ces données sont intégrées à des modèles de qualité de l’air et de flux de gaz à effet de serre, puis injectées dans les jumeaux numériques pour tester différents scénarios d’évolution.
En savoir +
Responsables scientifiques :
Responsable de l'équipe "Atmosphère et Environnement"
CNRS
1C av. de la Recherche scientifique
45071 Orléans
France
Observatoire des Sciences de l'Univers en région Centre (OSUC)
Institut des Sciences de la Terre d'Orléans (ISTO)
1A rue de la Férollerie - Orléans
45100 Orléans
France